Guerre de l’Indépendance de l’Amérique.            

Du 12 mars 1778 au 19 décembre 1779, comme lieutenant en pied sur l’Hector, vaisseau de 74 canons commandé par le chevalier de Moriès, B. de Mas fit partie de l’escadre du comte d’Estaing et, assurément, ce fut là l’honneur de sa carrière. L’envoi de cette escadre sur les côtes d’Amérique était en effet la première manifestation de l’alliance de la France avec le nouvel état qui venait de naître à Philadelphie, le premier et non le moindre effort de la plus vieille monarchie d’Europe pour rendre viable la jeune république du Nouveau Monde. Les difficultés de l’entreprise étaient d’ailleurs en rapport avec la grandeur du but. Ce serait bien le cas de dire avec le poète latin

Tanta mous erat Romanam condere gentem

Les parages vers lesquels se dirigeait l’escadre, jusque-là uniquement réservés aux Anglais, étaient complètement inconnus aux marins qui la composaient et, d’autre part, à pareille distance des arsenaux de France, elle ne pouvait compter que sur elle-même et sur les ressources du pays. Or, ces ressources se trouvèrent sensiblement nulles en ce qui concerne le matériel et, chose plus grave, le manque ou l’insuffisance ou la mauvaise volonté des pilotes locaux se firent, à maintes reprises, cruellement sentir.

Un autre obstacle, dont il est impossible de ne pas signaler l’énorme importance, consistait dans l’inégalité de marche des douze vaisseaux et des cinq frégates qui composaient l’escadre. D’Estaing n’avait pas cru pouvoir distinguer moins de six catégories, entre lesquelles, à ce point de vue, se répartissaient les vaisseaux, Les frégates ne marchaient pas mieux : au contraire, peut-être. Pour conserver ses forces en mains, il devait régler la marche de l’ensemble sur celle des unités les plus lentes. Parti de Toulon le 13 avril 1778, il n’arriva au mouillage dans la baie Delaware que le 7 juillet, soit après quatre-vingt-cinq jours, sur lesquels trente-trois avaient été nécessaires pour sortir de la Méditerranée. Ce dernier chiffre est peut-être pour nous frapper le plus, eu égard aux conditions dans lesquelles se fait aujourd’hui cette navigation.

Je n’ai pas la prétention de reproduire ici, même dans la forme la plus sommaire, l’historique de la campagne; je me contenterai d’en indiquer, d’une plume rapide, les principaux événements, surtout ceux dans lesquels notre Lieutenant de vaisseau eut sa part.

En arrivant à la côte américaine, d’Estaing espérait  y trouver les Anglais et avoir avec eux une rencontre décisive.

Avertis de sa venue, ils avaient quitté la baie Delaware et abandonné Philadelphie pour se concentrer à New-York. L’escadre française les suivit, mais à Sandy Hook, le manque de fond, l’ignorance ou le mauvais vouloir des pilotes empêchèrent toute tentative de forcer les passes. Plus au nord encore, à Rhode-Island, devant Newport, grâce à une manœuvre hardie de l’amiral français, l’action s’engageait bien et l’escadre donnait la chasse aux Anglais, quand une terrible tempête vint changer la face des choses, en éprouvant cruellement nos navires. Le vaisseau amiral le Languedoc, en particulier, privé de sa mâture et de son gouvernail, n’était plus qu’une masse inerte; d’Estaing dû le quitter momentanément et porta son pavillon sur l’Hector.. Dans ces conditions, il n’y avait plus qu’à gagner Boston au plus vite pour se regréer et se ravitailler.

Le séjour à Boston dura un peu plus de deux mois. Après quelques incidents, de cordiales relations s’étaient établies entre Américains et Français. Elles eurent leur manifestation la plus éclatante dans un grand banquet que le Gouvernement de Boston offrit à l’amiral et aux officiers de son escadre et qui est resté célèbre par le nombre des toasts qui y furent portés; il ne s’éleva pas à moins de vingt-trois.

Le 3 novembre, l’escadre prenait la mer pour se rendre aux Antilles où la guerre entre Anglais et Français se poursuivait aussi; elle arriva à la Martinique le 9 décembre. Les Anglais venaient justement de débarquer à Sainte Lucie; une tentative faite par d’Estaing pour les empêcher de prendre possession de l’île resta infructueuse. Cependant, des renforts lui étaient survenus; à la suite de plusieurs opérations de détail heureuses, il entreprit une expédition qui eut un plein succès. Après une attaque violente par terre et un combat naval où la victoire resta aux Français bien que malheureusement, non décisive, l’île de la Grenade fut acquise. Les deux actions de terre et de mer sont expressément mentionnées dans les états de services de B. de Mas. Ceci se passait au mois de juillet 1779.

Par contre, en Amérique, les choses prenaient mauvaise tournure pour les Insurgés, comme on disait alors, les Anglais étant redevenus maîtres de la mer après le départ de l’escadre française; d’Estaing se résolut à aller de nouveau tendre la main à nos alliés. Le 31 août, il jetait l’ancre devant Savannah, en vue de délivrer la ville dont les Anglais avaient fait une grande place de guerre et qui menaçait tout le sud des Etats-Unis. En réalité, Savannah se trouve à 28 kilomètres environ de la mer, sur une rivière de profondeur insuffisante, et ne pouvait être attaquée que par terre. Un débarquement, entraînant un séjour prolongé de l’escadre sur des côtes inhospitalières, en temps d’équinoxe, l’exposait aux pires dangers. Il eut lieu cependant, Dieu sait au prix de quel labeur et au milieu de quelles difficultés; un siège régulier fut entrepris et l’assaut fut tenté le octobre. Mais, malgré la vigueur de l’attaque, il échoua. Si l’on songe à la modicité des effectifs dont pouvait disposer le général français, le nombre des hommes mis hors de combat (642, dont 63 officiers tués ou blessés) montre combien l’affaire fut dure. Elle figure nommément aux états de services de B. de Mas.

 D’Estaing avait suffisamment montré qu’il ne reculait devant aucun effort pour la cause de la liberté américaine; il était indispensable de quitter au plus tôt le mouillage de Savannah. Le rembarquement se fit avec le plus grand ordre, sans laisser à l’ennemi le moindre trophée; mais au moment même de l’appareillage, une effroyable tempête assaillit l’escadre et la dispersa. Isolées ou par groupes, toutes les unités qui la composaient rejoignirent finalement les côtes de France, mais dans les conditions les plus pénibles. L’Hector était à Brest le décembre 1779. Les événements ultérieurs prouvèrent que si le siège de Savannah avait été, en lui-même, une malheureuse affaire. il avait eu, indirectement, pour la suite de la guerre, de très heureux résultats. Dans tous les cas, la mémorable expédition, dont il formait le dernier acte, constituait un vrai titre de gloire pour tous ceux qui y avaient pris part.

Nommé Capitaine de Vaisseau le 9 mai 1781, B. de Mas fit sa dernière campagne sur le Montréal, frégate de 32 canons, qu’il commanda du 7 septembre 1781 au 12 janvier 1783 et qui devait être affectée à d’ingrates besognes. Elles sont définies comme il suit dans une note autographe du commandant à mettre en apostille en marge de ses états de services: « Guerre, convois en Levant et employé dans la division attachée à l’armée de terre, au « siège de Gibraltar. » L’Espagne étant alliée à la France dans la guerre de l’In dépendance de l’Amérique, avait pensé qu’il y avait là une occasion de reprendre son bien aux Anglais; le siège avait commencé dès le mois de juillet 1779. Le blocus de la place devait être assuré: du côté de la terre, par une armée con centrée autour de Saint-Roch, du côte de la mer par des forces navales ayant leur point d’appui à Algésiras. Mais le blocus, du côté de la mer, resta inopérant et cela malgré la présence presque constante à Cadix de la puissante flotte combinée franco-espagnole placée sous les ordres de l’amiral espagnol Don Luis de Cordoba.

Ce dernier ne su jamais empêcher les Anglais d’amener à la place assiégée tous les convois de ravitaillement qu’ils voulurent. D’autre part, une attaque de vive force, tentée le 4 septembre 1782, devait échouer misérablement. En réalité, cette fâcheuse entreprise n’aboutit à rien; elle prit fin avec la guerre elle-même, puisque c’est le 20 janvier 1783 que les préliminaires de paix entre la France et l’Espagne d’une part, l’Angleterre d’autre part, furent signés à Versailles. La frégate le Montréal avait-elle déjà rejoint Algésiras avant les mois de mai et juin 1782, époque où, avec une autre frégate la Sérieuse et la corvette la Blonde, elle forma une petite division placée sous les ordres du commandant Missiessy et chargée de protéger le passage en Espagne du corps de Faikenhayn qui venait de coopérer à la prise de Port-Mahon Qu’elle vint prendre ou reprendre son poste auprès de l’armée de siège, toujours est-il que le 13 août 1782, alors qu’elle arrivait au mouillage, un coup de canon à boulet, tiré d’une des chaloupes canonnières espagnoles qui venaient pour reconnaître, brisa son mât d’artimon 2.

 Dans la première quinzaine d’octobre, la flotte anglaise de l’amiral Howe parvint à ravitailler, pour la troisième fois, la place assiégée. Il peut être intéressant de reproduire ici les avis adressés à ce sujet au commandement du Montréal par le consul de France à Malaga.  « 11 octobre 1782 Mr le capitaine général vient d’informer dans ce moment le consul de France qu’il a reçu hier, fort tard, un exprès du camp, par lequel on lui apprend qu’il est arrivé dans la baie un chébeck espagnol d’observation qui annonce que l’escadre anglaise avec tout son convoi faisait voile, sur la hauteur de San Lucar pour le détroit et qu’en conséquence Mr de Cordoba se tenait prêt à la bien accueillir.

Le consul a l’honneur d’instruire de cette circonstance M. de Mas et de lui présenter ses très humbles obéissances. 13 octobre 1782, Mr notre capitaine général venant de me communiquer les nouvelles ci-dessous, qu’il a reçues par un courrier extraordinaire, je m’empresse de vous en faire part en vous réitérant les assurances, etc. » M’ Louis de Cordoba, Directeur général de l’armée navale écrit en date du 12 que le dit jour à huit heures du soir, l’escadre anglaise se trouvait à l’est d’Algesiras, éloignée de sa baie six à sept lieues. M. le duc de Crillon (commandant l’armée de terre) écrit la même chose, et de la même date, ajoutant que cinq bâtiments de transport étaient entrés dans la place ennemie, que leur escadre donnait des bordées dans la Méditerranée pour tâcher de s’y introduire également et que l’escadre combinée était disposée à présenter le combat et à attaquer celle des ennemis.

 Malgré les intentions belliqueuses prêtées à M. de Cordoba, l’amiral Howe pu, sans coup férir, amener tout son convoi à Gibraltar et regagner l’Océan. La fin de la campagne fut consacrée à des opérations de liquidation du siège, si l’on peut ainsi parler : formation et escorte d’un convoi conduisant à Cadix des troupes et sur tout du matériel en provenance du camp de Saint-Roch. Dans les premiers jours de janvier 1783, le Montréal rentrait à Toulon. Le 16 août 1784, en raison de sa participation à la guerre de l’Indépendance de l’Amérique, Paul-François-Ignace Barlatier de Mas était admis dans la Société de Cincinnatus

Le 24 novembre 1785, il était retiré du service avec une pension de 3.ooo livres sur le Trésor royal. Mais une ordonnance royale était intervenue le 31 octobre 1784, qui avait complètement modifié le système des classes organisé par Colbert pour le recrutement des équipages. Une innovation de cette ordonnance était l’institution, au-dessus des commissaires de la marine, de nouveaux fonctionnaires, chefs des classes, inspecteurs et inspecteurs généraux, qui furent recrutés parmi les officiers de marine en retraite. Le 17 juin 1786, B. de Mas fut désigné pour être attaché provisoirement et particulièrement, comme chef des classes, au quartier d’Antibes et dépendances, sous les ordres du marquis de Vaudreuil, inspecteur général des classes, et du marquis de Pontevès du département de Provence. Il exerça ces nouvelles fonctions du 30 juin 1786 au 1er Janvier 1791, date à laquelle l’emploi fut supprimé.

On peut considérer cette date comme marquant le terme définitif des services de B. de Mas; leur durée totale est alors de trente-cinq ans trois mois et vingt-six jours. Si, au contraire, on les arrête au 24 novembre 1785, date de la mise à la retraite comme capitaine de vaisseau, elle est encore de trente ans, un mois et vingt jours, dont neuf ans, neuf mois et un jour à la mer en quinze campagnes.

 

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Vaisseau de La Fayette

" L' Hermione "

Vaisseau " L'Hector "

- 74 canons -

Ordre Militaire de Saint-Louis

Armoiries

Ordre Royal & Militaire

de Saint-Louis

Société de Cincinnatus

 

Vaisseau "l'Hermione"

premiers essais en mer

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